Gilles Favier

Galerie Clémentine de la Feronnière

Jusqu’ici tout va bien...

25 ans après le film La Haine

À l’automne 1994, Gilles Favier photographie en électron libre autour du tournage du film La Haine. Un film qui à l’époque avait marqué les esprits en jetant un nouveau regard sur les jeunes qui vivent en banlieue et leurs rapports avec la police.

Place Léon Cassé, cinéma Arcel

Sollicité quelques semaines avant par Mathieu Kassovitz, Gilles Favier était venu documenter, chaque jour pendant huit semaines, les coulisses du tournage. Le scénario, le contexte, les habitants de la Cité Noé de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) recrutés comme figurants, sont autant de signes qui lui font pressentir que quelque chose d’important est sur le point de se passer. En mai 1995 sort le film, qui se hisse en tête du box-office, comptabilisant plus de 2 millions d’entrées et devenant un mythe pour une génération et les suivantes.
Vingt-cinq ans plus tard, à la demande de Mathieu Kassovitz, Gilles Favier exhume ses 220 rouleaux de films photographiques. Le graphiste Vincent Perrottet s’en saisit pour composer le livre-anniversaire (publié chez Maison CF), d’un film qui a récemment fêté son ¼ de siècle mais résonne chaque jour avec l’actualité. En écho à cet anniversaire, une exposition des étudiants de l’école de cinéma et d’art Kourtrajmé s’est tenue à Paris au Palais de Tokyo en septembre 2020. L’occasion d’explorer les filiations possibles entre les deux films La Haine et Les Misérables.

Ces deux films seront projetés au cinéma Arcel durant le festival l’Œil Urbain.

« Mes images tentent de s’inscrire dans un espace plus large que le film. Elles s’affranchissent de la direction donnée par la caméra pour aller librement vers un hors champ qui dit beaucoup sur la réalité sociale du lieu. C’est aussi une manière de (re)politiser le film en inscrivant la production des images fictives dans leur lieu réel de tournage. On navigue sans cesse de la réalité à la fiction. 

Finalement ces images qui ont vingt-cinq ans n’ont peut-être pas autant vieilli que cela. La problématique des violences policières n’a pas disparu et si les images tournent souvent en boucle sur les réseaux et les chaines d’info, la question de leur fabrication et de leur fonction dans une démocratie est toujours posée. »

Gilles Favier

Gilles Favier est né en 1955 à Roanne. En 1981, il rencontre Christian Caujolle qui vient de créer le service photo de Libération. Commence alors une collaboration qui ne s’est jamais interrompue avec le quotidien. Nourri aux images de Diane Arbus, Gilles Favier s’est efforcé depuis ses débuts de porter un regard humaniste sur les personnes en marge de la société.
En 2002, il commence un important travail documentaire sur les traces de l’ethnologue et photographe Pierre Verger qui a consacré cinquante années de recherches aux cultures noires du Brésil et d’Afrique. Gilles Favier vit désormais à Sète, où il a fondé le festival Images Singulières.