Musée français de la Photographie/ Département de l’Essonne, La vie en page, Albums de famille 1880-1980

Musée français de la Photographie

La vie en pages, Albums de famille 1880 - 1980

Les albums virtuels de nos smartphones risquent fort de ne pas connaître la même longévité : parmi les centaines d’albums de famille du musée français de la Photographie, bon nombre ont plus d’un siècle. Les français photographiés par eux-mêmes, c’est ce que l’on découvre au fil des pages de ces objets, collectés et précieusement conservés dans le but de rendre compte de l’évolution et de la diversité des usages de la photographie depuis son invention au milieu du 19e siècle.

Ne nous y trompons pas : à partir des années 1880, la photographie n’exige plus systématiquement de solides compétences techniques, mais, jusqu’à sa démocratisation des années 1960, sa pratique dans le cadre familial a longtemps été réservée aux catégories sociales les plus aisées. Ainsi, les images nous montrent un quotidien souvent fait de loisirs, de sorties, d’occupations auxquels tous ne pouvaient accéder. Il est d’ailleurs important de constater que l’album n’était pas toujours réservé à la stricte sphère intime, mais pouvait être montré aux visiteurs. On reçoit, on fait un bon repas et, au salon, on feuillette et on commente : on met en valeur son statut social.

Médiathèque Chantemerle

Bien sûr, reproduire ces albums pour les exposer est une forme de trahison de leur vocation d’origine : pour leurs auteurs, ils étaient d’abord des supports au récit familial, à l’explication de la généalogie aux plus jeunes, à la remémoration de moments heureux, à la mise en scène des voyages ou de la « réussite » symbolisée par l’acquisition d’un tout nouveau véhicule. Paradoxalement, les images qui n’étaient qu’un prétexte aux commentaires reviennent sur le devant de la scène. Nous les regardons pour ce qu’elles révèlent de la vie de nos aïeux, sans rien ou très peu connaître des identités ou des intentions. Nous reconnaissons des sujets, toujours intensément capturés aujourd’hui : les bébés, les vacances, les fiançailles. Et nous nous étonnons des tenues, des engins ou des mises en scène d’anonymes « en costumes d’époque ».

En glissant du cadre privé à la visibilité publique, les albums trouvent de nouveaux usages : ils deviennent outils pour l’historien ou le sociologue, matériau ou sources d’inspiration pour les artistes qui les exploitent et les détournent, objets recherchés par les collectionneurs de photographies anciennes, hier sur les marchés aux puces, aujourd’hui dans des galeries spécialisées. 

Commissariat : Laurent Laliberté.

Recherches et sélection : Rémi Calzada, Céline Marot.