Yan Morvan

Résidence 2020

Ceux de Corbeil

J’ai commencé ma carrière de photoreporter dans les années 70, au siècle dernier. La photographie était alors considérée comme un outil documentaire (la presse) ou bien comme objet destiné à mettre en valeur des produits marchands (la mode, la publicité). En Amérique, certains photographes travaillaient à donner une résonance « artistique » à leurs œuvres. Un marché qui était embryonnaire mais pourvoyeur d’espérances. En effet, la classe moyenne ne pouvant s’offrir des « toiles peintes » on lui proposerait de la photographie comme « œuvre d’art » de substitution.

La mayonnaise a pris. Aujourd’hui, les écoles d’art fabriquent des artistes photographes à la pelle, les galeries ouvrent comme substitut aux salons de thé de nos grands-mères où l’on va philosopher sur la quadrature du cercle et des sujets à la mode : écologie, féminisme, transidentité… Les procédés les plus anciens (collodion, platine) sont remis au goût du jour pour donner la touche « arty » aux œuvres. Mais pour parler de quoi ? Qu’est-ce que la photographie si ce n’est une mise en œuvre de la « vérité humaine ». Ce pourquoi elle avait été créée – remplacer à moindre frais les portraits de la petite et moyenne bourgeoisie du XIXème (Nadar, Disderi).

Commanderie Saint-Jean et Quartier des Tarterêts

 Cette « vérité », je ne suis pas sûr de la trouver, mais je la cherche, je la cherche dans ces portraits d’humains qui vivent, ici à Corbeil, demain peut-être à Marseille, à Lyon, dans le monde. Notre grande famille, la famille « de la femme et de l’homme », comme on dirait aujourd’hui, et c’est tant mieux…

Ceux de Corbeil m’ont accueilli, ont porté le projet avec moi, tous décidés et destinés à laisser une trace pour demain. Je tiens à les remercier personnellement. Le moment était difficile. Les conflits sociaux latents, la précarité, la pandémie, n’encouragent pas la pause photographique. Ils étaient présents, patients. Je me souviendrai toujours de ces portraits faits avec les femmes africaines et maghrébines sous un froid glaçant et attendant leur tour d’être photographiées des heures durant.

Je n’ai qu’un seul regret, celui de n’avoir pas assez fait d’images…

Merci à tous.

YM

Yan Morvan est né à Paris en 1954. En 1974, il publie sa première photographie dans le quotidien Libération. Jusqu’en 1976, il collabore à l’agence Fotolib de Libération, puis à l’agence Norma. La même année, paraît son premier livre sur les rockers, Le Cuir et le Baston.
De 1980 à 1988, il rejoint l’agence Sipa et devient correspondant permanent de l’hebdomadaire américain Newsweek, pour lequel il couvre les principaux conflits : Iran-Irak, Liban, Irlande du Nord, Philippines, la chute du mur de Berlin, Rwanda, Kosovo, Afghanistan, Cambodge, Sri-Lanka….
En 2004, Yan Morvan se lance dans une véritable campagne photographique. Il parcourt sans fin le monde avec sa chambre 20 x 25 à la recherche des lieux qui ont fait l’Histoire. Champs de bataille est publié en novembre 2015 et le travail exposé aux Rencontres d’Arles en 2016. Présent dans de nombreuses collections photographiques, en France et à l’international, il travaille actuellement à une fresque racontant Les Français avec le soutien du Ministère de la Culture. Il a également documenté les gangs, travail qu’il poursuit toujours.