édition 2021

édito

Après l’Afrique subsaharienne et ses infiniment lointains, voici venu le temps de l’infiniment proche. La thématique de cette 9e édition du Festival de l’Œil Urbain est la France et ses territoires. Le contexte de la pandémie a ceci de particulier qu’il nous ouvre les yeux sur nos abords immédiats et nous invite à nous interroger sur ce qui fait la France.

La France du photographe belge John Vink est celle du « terroir », populaire et rassurante, avec l’évocation du Tour de France ; Du Persan-Beaumont (Val d’Oise) de Denis Dailleux, en passant par le Nord de la France vu par Yohanne Lamoulère, les portraits et les histoires que les photographes racontent semblent évoluer dans un décor familier, pas si éloignés de nos périphéries urbaines. Et pourtant…

Pourtant, que penser des silhouettes esquissées dans le Pays basque fantomatique et intimiste de Gabrielle Duplantier? De la poésie sauvage et libertaire de Corentin Fohlen racontant son «Oncle», épris d’utopie? Force est de constater que les photographes ont l’envie profonde de nous décentrer le regard vers le hors-champs, vers les figures à la marge, et de nous faire découvrir la France des invisibles. Cette France si proche que l’on ne sait plus la regarder; celle du Corbeil-Essonnes de notre résident 2020 Yan Morvan, au plus près des habitants, ou celle, encore si brûlante d’actualité, de Gilles Favier — la photographie noir & blanc du film La Haine, c’est lui.

Et pourtant, à y regarder de plus près justement, il existe en France des lointains, voire des zones absentes de nos géographies intérieures. Le photographe Christophe Gin nous propose ainsi une plongée au cœur de la Guyane hors des feux de l’actualité. En marge des lois de la République, le pays intérieur entièrement composé de forêts tropicales et de villages coupés du monde fait face au chômage, à la misère des populations autochtones. Les oubliés de la République, ce sont eux, au même titre que les « premiers de corvée » des zones périurbaines. Morgan Fache évoque quant à lui une autre France, celle de Mayotte, confrontée en 2018 à un conflit social de grande ampleur. Ce dernier a jeté sous les feux de l’actualité une lumière crue sur les inégalités criantes entre ce département français et la métropole. Ainsi encore de la série d’images d’Hugo Ribes prises sur l’île de La Réunion, dépeignant aux dires de son auteur des territoires cachés ou à la marge…

Témoins d’un pays composite, bigarré et surprenant, les photographes choisissent de nous éloigner du pittoresque pour nous en dévoiler les territoires inconnus, y compris les fêlures et les aberrations. Si familière et pleine d’étrangeté, insolente et hirsute, la France de 2021 n’est pas comme nous l’avons fantasmée ; ni arbitre des élégances ni pays des droits de l’homme.
Ce qui ne l’empêche pas d’être belle.

A propos du festival

L’Œil Urbain explore des thématiques liées aux nouvelles  réalités urbaines. Ce festival photographique — dont la neuvième édition se tiendra du 27 mai au 04 juillet 2021 — est devenu un rendez-vous incontournable sur le territoire national.

Une dizaine d’expositions — toutes accessibles à pied depuis la gare RER — sont déclinées sous forme de parcours photographique à travers plusieurs lieux de la ville, en intérieur (Commanderie Saint-Jean, Galerie d’art municipale,  Médiathèque Chantemerle) comme en extérieur (parvis de  l’Hôtel de Ville, square Crété, rue du Trou-Patrix, kiosque à musique, quartier des Tarterêts et Montconseil).

Depuis la création du festival, un artiste résident est invité à livrer sa vision de Corbeil-Essonnes. Ce photographe restitue ensuite son travail lors d’une exposition qui lui est dédiée lors du festival de l’année suivante. Cette année nous accueillons Sandra Mehl.

Les expositions du festival photographique L’Œil Urbain sont toutes en entrée libre.